Michelle Sullivan Communications

RIP Claude Lévi-Strauss – pourquoi les pros en RP devraient être en deuil

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Le savant n’est pas l’homme qui fournit les vraies réponses; c’est celui qui pose les vraies questions.

La nuit de samedi à dimanche a vu la disparition d’un des grands savants du dernier siècle, l’anthropologue Claude Lévi-Strauss. Au-delà de vouloir signaler le décès de cet important intellectuel, j’en parle dans ce blogue parce que je suis de l’avis qu’une bonne connaissance des sciences sociales est d’une aide inestimable pour tout professionnel en relations publiques. Et  je ne le dis pas seulement parce que j’ai fait des études supérieures en histoire.

Je ne peux pas vous dire combien de fois ma formation m’a aidé depuis que j’exerce ce métier. À la base, mes études m’ont permis de développer une discipline et une persévérance qui me servent en recherche et en rédaction. Plus loin encore, les sciences sociales ont développé mon esprit critique et m’ont permis de mieux comprendre l’impact d’une initiative, d’un message, d’une campagne sur les publics que je cible. Grâce à ma formation, qui m’a permis de connaître les théories de grands penseurs comme Lévi-Strauss, je suis convaincue de mieux comprendre les motivations, les impératifs et les besoins des individus et des groupes.

Je connais beaucoup de professionnels en relations publiques — des personnes que je respecte énormément — qui ont plutôt été formé en littérature. Bien que je ne doute pas qu’ils écrivent avec une jolie plume, je me demande si cette formation est aussi utile que la mienne a pu l’être. Je suis peut-être injuste, ici, bien que j’ai également fait des études en littérature (mon baccalauréat était en littérature française et en histoire). Si c’est le cas, je vous invite fortement à défendre votre discipline dans la section des commentaires.

On peut passer par grand nombre de chemins pour exercer ce métier. Chacun doit certainement apporter ses avantages. Mais si vous êtes étudiant, je vous conseillerais de songer à faire votre bac en sciences sociales. Si vous n’avez pas eu cette chance, je vous inviterais à lire les textes de gens comme Lévi-Strauss, tout comme je vous encouragerais de voyager. De pouvoir se plonger dans d’autres mondes et de comprendre qu’il existe d’autres mentalités et d’autres façons de concevoir la réalité est non seulement fascinant, mais vous sera d’une grande utilité lorsque vous serez à l’étape stratégique de vos campagnes.

Lorsque j’étais à la maîtrise, un prof (Linteau, je crois .. ou Bernard peut-être) a eu la brillante idée de faire venir une experte en ressources humaines (je crois) qui nous avait dit que peu importe le métier qui nous était destiné, nos études en histoire nous seraient toujours d’une grande utilité. Les employeurs nous apprécieraient pour notre discipline et pour notre esprit ouvert mais critique. Je sentais à l’époque qu’elle avait raison. Maintenant, j’en ai la certitude.

Je ne suis d’ailleurs pas la seule à croire que les communicateurs auraient intérêt à étudier les sciences sociales. L’Université du Québec en Outaouais offre le cours suivant: COM1033 – Théorie et épistémologie de la communication. Les autres universités offrent aussi quelque chose de semblable, peut-être?

Dans l’esprit de la citation tirée de Le Cru et le Cuit (1964) qui a servi d’introduction à ce billet, je vous laisse avec cette question: Est-ce qu’une bonne connaissance de l’anthropologie, de la psychologie et/ou de l’histoire sera aussi importante pour les professionnels en relations publiques dans dix ans qu’elle peut l’être maintenant?

Pour un début de réponse, je vous invite à parcourir ce texte de Dominique Dufour, qui s’est entretenu avec Sylvain Grand’Maison au sujet d’un métier emergent qui pourrait très bien être assumé par un professionnel en relations publiques: celui de ‘l’animateur de communauté’ ou, en anglais, de ‘community gardener’.

RIP Lévi-Strauss, 1908-2009

RezoPointZero.com – J’ajoute une corde à mon arc

Sachez que dorénavant vous pourrez également me suivre sur une deuxième plateforme web, à rezopointzero.com. Hé oui, je fais partie de l’équipe de rédaction de cette nouvelle publication web pour hauts dirigeants francophones qui cherchent à mieux comprendre les médias sociaux. Vous le devinerez … je m’occuperai du volet RP 2.0.

Un court descriptif:

Plus d’une vingtaine d’experts sont regroupés pour vous guider sur la scène passablement mouvante de l’innovation web. Leurs écrits/conseils comblent un besoin urgent pour l’ensemble des gestionnaires francophones en :
– vous procurant une vision concrète de l’évolution rapide du web;
– vous apprenant comment saisir les opportunités déjà offertes;
– vous présentant les tendances sous l’angle des promesses autant que des menaces.

Avec rezopointzero, vous devenez des gestionnaires aguerris en matière d’innovation web. Vous pouvez échanger de façon transparente avec votre personnel technique et vos fournisseurs grâce à :
– des histoires à succès et études de cas d’entreprises innovatrices sur le web;
– des comptes-rendus des meilleures pratiques et pires erreurs;
– des sondages réguliers en collaboration avec l’agence SOM;
– une couverture avertie des événements consacrés à l’innovation web;
– de la formation en ligne pour approfondir un sujet particulier.

Doté d’un pupitre d’édition professionnelle, rezopointzero affine son propos sous trois dimensions :

– vulgarisation des contenus pour des généralistes;
– sujets sélectionnés pour leur pertinence à l’endroit des décideurs;
– couverture complète de toutes les facettes de l’innovation web.

Unique au Québec et premier réseau de la sorte qui s’étend aux quatre pays principaux de la francophonie, rezopointzero effectue une veille stratégique quotidienne à partir de plus de 400 sources d’information des plus importantes en matière d’innovation web.  Il en extrait l’information essentielle pour les gestionnaires (…)

source: rezopointzero.com

Il s’agit d’un service payant, mais sachez que l’abonnement est gratuit pour les 3 premiers mois, donc profitez-en .. et parlez-en dans vos réseaux, svp!

MAJ: Un peu de vidéo, pourquoi pas?

MAJ2: Mot de bienvenue explicatif, sur le site de rezopointzero.

L’ethique, les relations publiques et les médias sociaux

En quittant l’événement du 3e mardi | Third Tuesday Montréal cette semaine, j’ai ressenti une certaine satisfaction, sachant que la discussion entre pairs avait été active et les échanges intéressantes. En même temps, je suis partie un peu songeuse, me disant qu’il faudrait qu’on revienne sur ce sujet à un moment donné. J’aurais aimé entendre davantage que les professionnels en relations publiques et en marketing ont compris que nous ne parlons pas seulement de nouveaux outils, mais d’une nouvelle mentalité et d’une nouvelle façon de communiquer imposée par le public. L’époque manipulatrice de Mad Men et de la vieille école de Morrow et compagnie est révolue. Ceux que nous tentons d’interpeller n’acceptent pas la tromperie. Ça les offusque. Et ils nous le font savoir. Ils sont en quête d’authenticité et de transparence. Ce ne sont pas des mots tendance qu’on devrait simplement brandir … on parle ici de valeurs fondamentales.

Ce sont des valeurs reflétées dans le code de déontologie de la SQPRP. J’étais déçue .. et je sais ne pas être seule .. d’apprendre que la SQPRP ne partiperait pas à notre soirée mardi dernier. Pourtant, il me semble qu’il s’agissait d’une belle opportunité de mettre les points sur les ‘i’ et de démontrer du leadership. Mais puisque la SQPRP dit ne pas encore avoir pris position sur cette (Bixi/Mirador) question, ils ont préféré ne pas envoyer de représentant officiel. Dommage. Mais vraiment.

Mirador sera diffusée dès cet automne, selon le site de Radio Canada … ou bien en janvier 2010 si on croit Hugo Dumas de La Presse et d’autres. Je lance donc l’invitation – d’ici là, je trouverai un endroit où pourront se rassembler devant un écran géant les pros en RP et en marketing qui étaient au Daylight Factory mardi soir, ou qui auraient voulu y être. Des absents comme Jacques Nantel, par exemple, et Bernard Motulsky. Nantel, qui a été cité dans l’article de Patrick Lagacé sur l’affaire Bixi et Motulsky, qui, par ses écrits, aurait inspiré ceux qui ont crée Mirador.

J’inviterai également Michel Fréchette, de Girard & Fréchette, qui agit en tant que consultant pour l’émission. J’ai d’ailleurs hâte de faire la connaissance de M. Fréchette car, je dois l’avouer, je ne le connais malheureusement pas. Qui dit que le monde des RP est petit? Si je peux me fier à Google, l’agence Fréchette & Girard n’a pas de site web … et ne serait donc ni à l’ère 1.0, ni, j’imagine, à l’ère 2.0. Pas de carte de visite sur Internet. Il me fera donc encore plus plaisir de rencontrer M. Fréchette en chair et en os. Il serait peut-être venu au dernier 3e mardi .. je n’ai pas eu la chance de l’inviter à se joindre à nous, ayant pris connaissance de sa participation à l’émission seulement dimanche soir et me disant que ça ne se faisait tout simplement pas de donner si peu d’avis. L’invitation est certainement lancée pour la suite des choses, surtout si M. Fréchette n’a pas (qui sait?) souvent l’occasion de fréquenter des professionnels de la nouvelle vague comme ceux qui viennent aux soirées du 3e mardi. Je dois dire que je suis rassurée d’apprendre qu’un Québécois sera consultant pour l’émission … j’ai cru penser à un moment donné que seul un Américain était de la partie. Vous savez comme moi que nous ne voyons pas toujours les choses du même oeil que nos voisins.

Si vous le voulez bien, on regardera la première en gang devant un écran géant. Un peu à la manière d’une finale de la Coupe Stanley. Sauf que j’ai comme l’impression que ça ne fêtera pas fort.

J’inviterai aussi de nouveau Daniel Thibault et Isabelle Pelletier, co-auteurs de Mirador, pour qu’ils entendent nos réactions de vive voix. Après tout, c’est notre industrie qu’ils mettent en scène. Notre industrie et sa réputation.

Et ça commence mal. Voici comment certains journalistes et choniqueurs qui étaient sur le plateau de tournage de l’émission Mirador hier décrivent le téléroman:

Hugo Dumas, La Presse:

Docteur spin, leçons de manipulation

Hop! Nous voici au 36e étage de la prestigieuse tour IBM, toute en acier et en verre, qui s’élève au centre-ville de Montréal, boulevard René-Lévesque Ouest. C’est ici que la boîte de communications Mirador - l’équivalent fictif d’une firme comme National – étouffe des crises politiques, noie des scandales sexuels et tripote la vérité.

(…)

Manipulateurs d’images

Selon les relationnistes rattachées à l’émission, Mirador sera percutante, divertissante et palpitante. Attendez un peu. Suis-je en train de me faire manipuler? Y aurait-il des gens dans le milieu de la télé qui ne disent pas toujours la vérité et rien que la vérité? Non. Je refuse d’y croire. Impossible (pour ceux qui doutent encore, oui, c’est du sarcasme).

Geneviève Vézina-Montplaisir, Métro:

(…) cette mise en scène n’était pas très loin de la réalité des vrais conseillers en relations publiques, qui représentent les gran­des compagnies et les personnalités de ce monde en manipulant parfois l’information transmise aux mé­dias et au public.

Anne-Marie Cloutier, Le Soleil:

Le projet de Mirador a pris naissance il y a six ans. En écoutant les nouvelles, les auteurs étaient de plus en plus fascinés par «l’omniprésence des forces occultes» derrière tout discours ou déclaration publique.

Caroline Roy, Rue Frontenac:

Mirador dépeint le côté sombre des relations publiques

«L’actualité nous inspire, mais ça demeure de la fiction», expliquent les auteurs de Mirador, Daniel Thibault et Isabelle Pelletier.

C’est néanmoins le réel cabinet de relations publiques National qui a donné l’idée de cette série à Daniel Thibault. «Le nom de National revenait à l’occasion de quelques scandales. Il semblait y avoir une force occulte autour de ces gens-là qui géraient la crise. J’ai commencé à fouiller le sujet», dit-il.

(…)

Patrick Labbé décrit son personnage tel un homme tourmenté par l’aspect plus ou moins éthique de son boulot, contrairement à son frère et à son père.

Pour conclure, une citation des co-auteurs, puisée dans l’article d’Hugo Dumas:

«On se fait manipuler de toutes les façons possibles. Il y a toutes sortes d’histoires d’horreur», constate Daniel Thibault. «Et Mirador, c’est un beau véhicule pour raconter ces histoires-là», ajoute Isabelle Pelletier.

Oui, oui, je comprends. C’est un téléroman. Ce n’est pas un reportage. Après tout, selon Hugo Dumas, Daniel Thibault aurait puisé son inspiration de l’émission américaine The Practice. Mais entre vous et moi, quel meilleur outil qu’un téléroman pour façonner l’image de tout une industrie aux yeux du public?  On verra bien si mes tantes me regarderont de travers le lendemain de la première.

D’ici là, une citation vers la fin de l’article de Rue Frontenac et attribuée à Patrick Labbé nous offre une lueur d’espoir:

Lors du premier épisode, Philippe revient d’un congé de travail de six mois. Il constate que sa job n’a pas de bon sens et que les relations publiques peuvent se faire autrement. Mais il n’a pas conscience de ce qu’implique de dire la vérité.

Mirador sera diffusé le mardi soir, selon la grille préliminaire de Radio-Canada. Un 3e mardi, peut-être?