Michelle Sullivan Communications

Lise Bissonnette et Nathalie Petrowski face aux médias sociaux

Lise Bissonnette a étudié avec ma mère et mes tantes chez les soeurs à Rouyn-Noranda, à l’ère duplessiste. Ma mère se souvient très bien de cette petite brillante, qui se démarquait même à l’époque. Elle a joui d’une carrière fulgurante et passera à l’histoire comme une des femmes remarquables du Québec.

Nathalie Petrowski, aussi, a réussi à se faire remarquer pour ses chroniques parfois cinglantes touchant à mille et un sujets.

Dernièrement, Mme Bissonnette et Mme Petrowski se sont penchées sur le phénomène des médias sociaux. Nonobstant le fait que  je dois certainement me situer dans la communauté de placoteux décrite par Mme Bissonnette, je ne veux pas réagir comme une bête blessée par ses propos. Un certain détachement s’impose, je crois.

Pourquoi ces deux journalistes dédaignent-elles tant l’univers des blogueurs? Sans répondre à leur place, je vous propose une théorie:

J’ai l’impression que les journalistes qui s’acharnent contre les blogueurs comprennent mal les motivations de ceux qui tiennent un carnet. J’ose avancer l’idée que malgré ce que les journalistes des médias traditionnels puissent en penser, la plupart des blogueurs n’aspirent pas à les remplacer. Il y a des exceptions, bien sur, mais selon moi la plupart des blogueurs ne bloguent pas pour s’approprier le métier de journalisme, mais pour tisser des liens avec une communauté qui s’intéresse aux mêmes choses qu’eux. Normal, donc, qu’ils se parlent entre eux. Mettons de coté les Michelle Blanc de ce monde qui, comme moi, analysent le phénomène des médias sociaux et en jasent avec nos semblables. Avouons que des spécialistes des médias sociaux qui parlent à d’autres spécialistes des médias sociaux au sujet des médias sociaux peut effectivement sembler nombrilliste, bien qu’en réalité ils ne font que former une communauté d’échange intellectuel. Pensons plutôt aux blogues sur le scrapbooking, les chants de marins, la moto, la musique underground, le tatouage. Nomme un passe-temps ou un champ d’intérêt  et tu y trouveras une dizaine de blogues et de balados à ce sujet; des carnets alimentés par des internautes qui ont soif d’échanger avec leurs pairs. Avec les membres de leur tribu. C’est tout le contraire du Moi, moi, moi de Petrowski. Il s’agit du Nous.

Je donne souvent l’exemple de Jean-François Blais lors de mes présentations d’introduction aux médias sociaux quand vient le temps d’expliquer la notion de tribu en ce qui a trait aux médias sociaux. Ce blogueur/baladodiffuseur connaissait probablement personne s’intéressant, comme lui, aux chants de marins il y a quelques années. Les membres de sa famille s’en foutaient probablement. Ses amis aussi. Il était sans tribu. Avec l’arrivée des plateformes plus accessibles de réseautage social, Jean-François a lancé sa balado (Bordel de Mer). Avec le temps, il s’est bâti une réputation. Il n’a plus à quêter pour obtenir de la musique .. les artistes lui font parvenir spontanément leurs cd. Il a la passion du sujet qui l’intéresse .. un sujet de niche qui intéresse peu de monde, mais qui intéresse assez d’internautes, mondialement, pour appuyer ses efforts en baladodiffusion, pour échanger avec lui et entre eux, et pour se réunir chaque année aux festivals de chant de marin qui se tiennent à St-Jean-Port-Joli ou à Paimpol en France. Mais de là à se dire journaliste? Ça m’étonnerait. Membre d’une communauté? D’une tribu? Assurément.

Comment expliquer que certains journalistes ‘perdent leur temps’, comme semble le croire Mme Bissonnette, en s’éparpillant sur les diverses plateformes des médias sociaux? Premièrement, si je me fie à ceux que je connais, ce sont des êtres curieux, donc normal qu’ils explorent comment beaucoup d’entre nous, ce nouvel univers. De plus, la recherchiste en moi comprend la richesse de ce que peut offrir la blogosphère aux journalistes: des outils de recherche et de ciblage, des moyens d’identifier et de communiquer avec des experts et connaisseurs provenant de toute une panoplie de disciplines. Finalement, pourquoi les journalistes s’empêcheraient de participer aux communautés en ligne? À échanger avec leurs pairs, qu’ils soient journalistes ou qu’ils partagent leurs intérêts personnels?

Si j’étais journaliste à l’époque moderne, je serais assurément sur toutes les plateformes des médias sociaux, question de pouvoir tisser des liens avec des communautés d’intérêt.

C’est peut-être ses anciens réflexes de rédactrice en chef et de directrice de journal traditionnel qui poussent Mme Bissonnette à déplorer ce qu’elle décrit comme étant une ‘frénésie d’hyperactivité d’interactivité web’ de la part de certains journalistes. Bien que Le Devoir soit un de ceux qui semblent le mieux naviguer les changements importants qui menacent l’imprimé, j’imagine (sans le savoir) que tout le discours entourant la disparition inévitable (selon certains) de cette espèce doit la troubler. Le simple fait de déplorer la présence sur la toile de journalistes ne suffira pas à atténuer ce ‘fléau’. Comme nous le faisons tous dans nos industries respectives, les journalistes doivent être réalistes et discuter entre eux des meilleures pratiques à adopter et ce dans le but de s’assurer que la vocation de journaliste ne disparaisse jamais, peu importe la façon qu’évoluera le métier. Avec tout le respect que je voue à Mme Bissonnette, ce n’est pas en dénigrant une communauté (les blogueurs, les journalistes qui twittent, bloguent etc) qu’on fait avancer cette réflexion.

Pour répondre à Mme Petrowski, non, je ne dormais pas au gaz. Et non, ce n’est pas la gêne qui m’a empêché de répliquer. Pas tout à fait. Ayant pris connaissance des propos condescendants de Mme Bissonentte, j’avais songé, sur le coup, publier un billet pour lui répondre. J’avoue ne l’avoir pas fait par respect pour cette femme que j’admire, un peu comme on peut laisser passer sous silence certains commentaires de nos aînés ou de membres de communautés culturelles qui ne sont pas la notre, sachant qu’ils ne se baignent pas dans le même univers que nous et, par conséquent, ne peuvent comprendre ni notre comportement, ni notre mentalité. Parfois, ça ne sert à rien d’essayer de s’expliquer. Le monde change. On peut essayer de changer avec mais il y aura toujours chez nous quelque chose de réfractaire qui nous empêchera de le faire sur tous les plans. Je sais que je réagis de façon semblable à Lise Bissonnette quand vient le temps d’aborder les questions de géolocalisation et que ceux de la génération qui me suivent ne comprendront peut-être pas mes préoccupations quant aux questions de vie privée et de confidentialité.  J’espère être pour eux, comme Mme Bissonnette l’est pour moi, quelqu’un à qui on pardonne ses anachronismes. On passera tous par là à un jour, c’est certain.

En guise de conclusion, je propose à Mme Bissonnette et à Mme Petrowski de prendre connaissance des derniers résultats du sondage NETendances du CEFRIO. Si la ‘communauté de placoteux’ qui commente les billets n’est pas encore représentative de l’ensemble du peuple québécois, sa croissance est indéniable. Le peuple a accès à un nouveau mode d’expression et, comme ils le font déjà dans les lignes ouvertes et lettres à l’éditeur, certains en profiteront pour faire connaître leur opinions sur toute une panoplie de sujets qui les touchent. J’ose croire que Mme Bissonnette n’aurait jamais traité les lecteurs du Devoir de placoteux.  Les journalistes se disent garants de la démocratie. J’ose espérer qu’avec le temps, tous finiront par reconnaître l’importance du droit de parole, que cela se fasse sur la place publique …  réelle ou virtuelle.

MAJ: vidéo du discours prononcé par Mme Bissonnette maintenant disponible sur le web. (26:30)

MAJ: Comme quoi même les meilleurs journalistes ne sont pas infaillibles, André Antoine Robitaille avait, dans son article relatant les propos de Mme Bissonnette, mal cité cette dernière. Une écoute attentive de l’extrait vidéo m’a permis de corriger mon billet.  ‘Frénésie d’hyperactivité web’ devrait plutôt lire ‘Frénésie d’interactivité web’. Pour ce qui en est de ce que j’aurais à dire de plus maintenant que j’ai accès à la source première, je préfère de nouveau laisser passer sous silence, mais j’avoue être encore plus découragée qu’avant.

Étude à consulter: Global 100 Social Media Study de Burson-Marsteller

Burson-Marsteller vient de dévoiler son Global100 Social Media Study, une analyse de l’utilisation des médias sociaux par les entreprises du ‘Fortune 100′ . Un grand merci à l’ami Marc Snyder, qui a eu la gentillesse de nous en faire part par le biais de son blogue.

A recent Burson-Marsteller study found that 79 percent of the largest 100 companies in the Fortune Global 500 index are using at least one of the most popular social media platforms: Twitter, Facebook, YouTube or corporate blogs.

Pas de statistiques canadiennes, malheureusement.

La VRAIE différence entre les journalistes et les blogueurs

Je suis très contente des commentaires que j’ai reçu suite à la publication de mon récent billet sur l’importance de bâtir des relations de confiance avec les blogueurs. Il y a été question, entre autre, de passion et de nouvelles mentalités.

Un nouveau billet du Bad Pitch Blog poursuit dans la même veine. Kevin Dugan présente ce qui est, selon lui, la différence fondamentale entre un journaliste et un blogeur. Il reprend un thème que j’ai développé dans les commentaires de mon billet, en réponse à Mathieu Sauvé, sur qui on peut toujours compter pour pousser la réflexion plus loin:

One of the more frequent questions asked of the Bad Pitch blog is “what’s the difference between pitching journalists and bloggers?”

We used to assume that the main difference was that pitching bloggers requires hyper-customization. And while they do, it’s deeper than this – there’s a bigger difference.

(…)

At the risk of oversimplifying, and pissing off our friends from the fourth estate (again), I’ll start out by saying…

…the difference between journalists and bloggers is paid vs. passion.

Je vous invite à lire la suite pour bien comprendre son argument et, si ce n’est pas déjà fait, à lire les commentaires de mon dernier billet.

Merci à tous ceux qui prennent le temps de réfléchir et de commenter les billets de ce blogue. Ces échanges sont précieux.

Facilitez-vous la vie: bâtissez des liens de confiance

Les miniconcombres de Savoura, vous connaissez? Pas encore? Si vous  tenez un blogue culinaire, un blogue de plein-air/sportif, un blogue portant sur l’industrie agro-alimentaire ou si vous êtes une ‘Mommy blogger’, il se peut que je communique avec vous pour vous demander d’évaluer ce nouveau produit qu’on trouve sur toutes les tablettes d’épicerie depuis quelques jours seulement.

Voici un message que je viens de recevoir d’une blogueuse influente:

Bonjour Michelle,

J’ai souri en lisant votre invitation. Les invitations de ce genre sont de
plus en plus fréquentes et je les supprime souvent rapidement. Je connais
votre crédibilité, ai reconnu votre nom, me suis donné la peine de vous
lire. 

Quelques leçons importantes à tirer de ces quelques phrases:

1. Les agences de RP/marketing du Québec se tournent de plus en plus vers les blogueurs dans l’espoir de faire connaître leurs clients et leurs produits/services/messages.

2. Les blogueurs suppriment souvent vos courriels sans même les lire.

3. Si vous n’êtes pas connu, vous êtes faits à l’os.

4. Même si vous êtes connu, vous devez quand même convaincre. Mais au moins la porte est ouverte et le dialogue est possible.

Kim Vallée, que je connais bien depuis presque trois ans, a eu la gentillesse de participer à cette campagne et de pondre un billet. En voici le résultat. Bien que Kim accepte de parler de produits qu’elle aime, elle n’est pas au service des entreprises comme Savoura. Elle se bâtit une réputation et prend très au sérieux ses responsabilités envers ses lecteurs. Si vous lui proposez un produit qui n’a aucun lien avec la mission de son blogue, vous perdez votre temps et … ce qui est encore plus important … vous lui faites perdre son temps. Nous nous connaissons. Je lis et commente régulièrement son blogue.  Kim sait que si je lui parle d’un client, c’est que je crois sincèrement qu’il y a un bon ‘fit’. Que ce que je lui propose pourrait intéresser ses lecteurs. Elle sait que je respecte son travail, ses objectifs et son lectorat.

Assurez donc la bonne gestion de votre propre réputation. Prenez le temps de bien connaître les blogueurs. Et prenez le temps de vous faire connaître. Bâtissez des liens de confiance. Tout le monde en sortira gagnant:  vous, vos clients et les blogueurs.

MAJ: Billet de Dave Fleet sur l’importance de commenter des billets. Si vous ne lisez pas déjà Dave, je vous encourage fortement à le faire. Ce jeune professionnel torontois (d’origine anglaise) est une source inestimable d’infos et de sujets de réflexion sur notre profession et les médias sociaux. Son blogue est devenu pour moi un incontournable.

À l’attention des entreprises québécoises: intro médias sociaux

Un excellent survol de l’importance et de l’impact des médias sociaux présenté sur les ondes de RDI par Michelle Blanc: