Michelle Sullivan Communications

« Paid vs passion » (suite)

Pour faire suite à mon dernier billet: La VRAIE différence entre les journalistes et les blogueurs:

Comme la vie fait bien les choses, j’ai eu la chance d’écouter une bonne partie de l’émission de Christiane Charette en taxi ce matin. Son invité était Louise Cousineau, chroniqueuse télé à La Presse.

Mme Cousineau, qui n’est pas connue pour avoir la langue dans sa poche, nous a parlé d’une situation pénible qu’elle aurait vécu lorsque le patron de La Presse avait tenté de monter un dossier contre elle dans l’espoir qu’elle prenne sa retraite.

Journaliste passionnée, c’est clair. Elle parle non seulement de difficultés internes, mais également de la nécessité d’éviter les conflits d’intérêt. Pour cette raison, Mme Cousineau aurait refusé certains mandats qui aurait pu brimer sa liberté d’expression, à la radio entre autres.

La Presse a annoncé récemment que l’avenir du quotidien sera décidé dans trois mois et que, d’ici là, il faudra que les choses changent. On s’imagine que grand nombre de journalistes que nous apprécions seront encouragés à prendre leur retraite. Pouvons nous déduire que Mme Cousineau sera parmi ceux-ci? Peut-être.

Si oui, et si sa situation le permet, pourquoi ne pas envisager un blogue? Et pourquoi ne pas songer à la baladodiffusion tant qu’à y être? Indépendance garantie (avec certaines contraintes légales, bien sur), plus de ‘boss de bécosse’ comme elle les décrit et Mme Cousineau pourrait continuer à se faire plaisir tout en faisant plaisir à ses lecteurs qui seraient, j’en suis certaine, bien heureux de pouvoir continuer à suivre ses écrits sur Internet.

Non, je ne dis pas qu’on devrait demander aux journalistes de travailler sans rémunération. Loin de là. Et oui, je suis d’accord que tout homme (et femme) a bien le droit de prendre une retraite bien méritée s’il le souhaite. Mais comme la vie serait belle si les merveilleux journalistes à la retraite décidaient de plein gré de nous faire le beau cadeau de continuer à exercer leur métier de cette façon, sur une plateforme libre, gratuite et accessible.

Pour citer Marie Lauzier de Montréal :

Quelle joie de réentendre Louise Cousineau! Jamais banale, toujours captivante. SVP, ramenez-nous là régulièrement.

Bon. J’ai peut-être trouvé une solution pour les journalistes qui peuvent se permettre d’écrire par pure passion. Il faudrait maintenant en trouver pour ceux qui doivent payer leur hypothèque et élever des enfants.

Solution quelqu’un? Je ne veux pas perdre mes quotidiens …

Évolution du journal imprimé: La Presse Affaires Magazine

J’ai hésité un instant en apercevant la Une mon journal d’hier. J’y voyais la photo de Michael Sabia et comprenais qu’on le présentait au peuple. Par réflexe, je me suis dit que c’était étrange qu’il s’y prennent si tard. La nomination de Sabia à la tête de la Caisse date depuis le mois de mars. Depuis ce temps là, la neige a eu le temps de fondre.

Ce n’est qu’en ouvrant mon journal que j’ai compris: La Presse Affaires lancé un magazine quotidien d’une très belle facture. Même si la fréquence de publication n’a pas été annoncée, on peut s’imaginer que leurs journalistes contribueront sur une base régulière à alimenter cette revue avec des articles de fond.

Michèle Boisvert (quelle femme!). rédactrice en chef, explique:

L’économie mondiale est actuellement en plein bouleversement et le rôle d’un grand quotidien comme le nôtre est de vous aider à mieux comprendre (…) La Presse Affaires vous offre quotidiennement une couverture d’une qualité remarquable. Un magazine nous permet cependant d’aller un cran plus loin. Moins contraints par le rythme trépidant de la couverture au jour le jour, nos journalistes ont mis à profit leur talent et leur expérience pour vous présenter des sujets brûlants d’actualité, traités avec le recul qui permet la publication d’un magazine.

Voici la promotion qu’ils en ont fait sur Cyberpresse. Très simple, concis et avec la belle photo de Sabia qui nous laisse deviner la qualité de la publication.

Suis-je capable de retrouver le profil de Sabia sur Cyberpresse? Pas du tout. C’est du contenu réservé pour les abonnés et pour ceux qui achètent en kiosque. Un magazine qui restera sur la table de salon, bien après que le journal proprement dit soit passé au bac vert.

Des articles de fond.

Des douzaines de très belles photos.

Du papier glacé de bord en bord.

Et la pub: BMW, Sony, Transport Lyon,  Ingénieurs Canada, Desjardins (fois deux), Air Transat, La Fédération des producteurs du lait du Québec (pour Fromages d’ici), Swiss Air, la Banque Nationale.

Un instant. Bon là j’ai compris.

Les chefs des grands quotidiens américains se sont reunis jeudi dernier à Chicago afin d’essayer de trouver, ensemble, des solutions à la crise. Pas la crise économique. À celle qui occasionne la fermeture de journaux à travers le pays depuis quelques mois.

Ils proposeront toute une panoplie de solutions, j’en suis certaine. La Presse ne semble pas avoir attendu d’entendre leur proposition pour commencer à poser des gestes visant à assurer la survie du journal.

J’ai pris un abonnement de trois mois qui tire à sa fin vers la mi-juin. En ceci faisant, j’avais décidé de poser un geste de solidarité envers les journalistes, moi qui suis plutôt ordi.  Mais là, ils viennent de me donner une bonne raison de renouveller.

Je pense que cette fois-ci ça sera pour un an.

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Si le camelot n’est pas passé par chez vous hier, voici ce que vous avez manqué:

Le pouvoir de dire chou : Sophie Cousineau sur la rémunération des PDG

Se sentir à la maison jusqu’au bout du monde : Alain McKenna sur les téléphones intelligents

L’Ouragan Sabia : Maxime Bergeron nous offre un profil de 8 pages du nouveau chef de la Caisse. Avec photos d’archives. La Presse aurait attendu des semaines avant de se voir accorder une entrevue qui aurait duré 30 minutes.

Pour mieux voir la vie en vert : sur le golf, par Paul Journet

Bonbons assortis pour investir au Québec : Stéphanie Grammond sur les incitatifs du fisc

Le train du Président : Marie Tison (quelle femme!)  sur le projet TGV d’Obama suivi de La grande vitesse au petit trot sur les projets canadiens plus modestes.

Une classe à part : André Désiront. Tableau comparatif des classes économiques prémium de 8 compagnies aériennes.

Le magicien du Massif : Vincent Brousseau-Pouliot présente un profil de 4 pages de Daniel Gauthier

Audi S4 performance responsable : signé Éric Lefrançois

Des étincelles malgré la récession : profil d’entreprise (ADF) signé Martin Vallières

Le septième art en cinquième vitesse : profil de 4 pages de Denise Robert, signé Philippe Mercure

AGE Design, l’effet WOW : profil d’entreprise signé Marc Tison

Le repas d’affaires prend l’air : sur les belles terrasses de Montréal, y compris celle du Daylight Factory, là où a lieu nos événements 3e mardi Montréal. Signé Marie-Claude Lortie

Est-ce le déclin de l’empire américain? : Chronique signée Claude Picher

Pour l’amour du quotidien: comment « vieillir cool »

La presse imprimée a pris un coup de vieux ces derniers temps. Le jeunôt qu’est l’Internet bouscule la grande dame et semble prendre toute la place, tout à fait comme ces garçons dans la vingtaine qui s’obstinent à embarquer dans le metro avant tout le monde. Vous les connaissez. Ceux qui se précipitent vers les sièges libres, et qu’on voit, bien installés, le nez dans un bouquin ou écoutant leurs iPod les yeux fermés afin d’éviter de croiser le regard des têtes grises. Ces gens ‘d’un certain âge’ qui doivent alors maintenir l’équilibre avec difficulté debout dans le wagon en mouvement, les pieds enflés, les veines varicosées et les mains plissées accrochées au poteau en métal comme si leur survie en dépendait.

Si je fais la comparaison, c’est que nous sommes jeudi soir et je viens de terminer ma lecture du ‘Grand dossier week-end’ de La Presse, publié samedi dernier. À lire l’entrevue Serge Bouchard d’Émilie Côté, je serais parmi les rares personnes à trouver les vieux beaux. Mais tellement beaux que j’en viens parfois les larmes aux yeux à les observer. L’anthropologue maintient plutôt que :

Nous sommes à l’époque où nous nions la durée et l’usure. Nous avons acquis un discours fableux qui dit: aujourd’hui nous ne sommes plus vieux, ça n’existe plus. Et si on devient vieux, c’est notre faute (…) Nous n’avons pas de philosophie cohérente face au temps qui passe.

J’ai acheté La Presse samedi dernier justement pour pouvoir parcourir ce dossier. Le 5 janvier, en conversation avec un journaliste, j’avais appris qu’un cahier spécial sur la vieillesse se préparait à la salle de rédaction de La Presse. Dossier qui a enfin été publié le 31. Les journalistes qui y ont collaboré ont eu, donc, environ quatre semaines pour s’enligner, sinon plus. Pour dénicher leur sujet. Pour rencontrer les spécialistes. Foglia a disposé de quatre semaines pour concevoir ses tournures de phrases parfaites.

Je maintiens, jusqu’à preuve du contraire, que l’avenir de la presse imprimée passera par la production de cahiers de ce genre. D’articles étoffés. De reportages approfondis. De cahiers qu’on prendra le loisir de lire, contrairement aux nouvelles qui doivent être consommées rapidement et qui font en sorte que nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers l’Internet comme source première d’information, plutôt que d’attendre que le jeune voisin nous livre le journal le lendemain matin.

On ne parle pas ici de ‘breaking news’. Voilà pourquoi je peux me permettre de laisser trainer La Presse sur ma table de salle à manger. De feuilleter mon journal de temps en temps, selon mes disponibilités et mes envies. De lire un article ici, un article là. Ma copie de samedi dernier m’a suivi jusqu’à la baignoire. Essayez donc de trainer votre laptop dans votre bain.

Lundi, cette copie de La Presse se retrouvera très probablement au trottoir, dans mon bac vert. Je sais que la série d’articles signée Émilie Côté et les chroniques de Foglia et de Rima Elkouri pourront toujours être consultées sur Internet, dans les archives de Cyberpresse, un certain temps au moins.

Si la rentabilité d’un journal passe principalement par l’achat d’espace publicitaire, les quotidiens ont peut-être moins à craindre qu’on croit. Tandis qu’autrefois la pub de Nissan à la page A4 et l’avis important de la part de Bell à la page A6 passaient quelques heures seulement à portée de vue avant de passer au bac, elles passent maintenant près d’une semaine sous mes yeux. Une durée de vie plus intéressante. Une valeur qui mérite d’être récompensée? Peut-être. Seule la loi du marché en décidera.

J’avoue que je suis une sentimentale, pas comme les autres. Qui trouve les vieux d’une beauté incroyable. J’aime leurs rides, leurs cheveux blancs, la peau de leurs mains tachée et presque transparente. J’aime leurs histoires. J’aime leur vécu.

Pour l’amour des grands quotidiens, j’aimerais bien pouvoir trouver la solution parfaite qui les permettrait de ‘vieillir cool’.