On me lit

En allumant mon ordi ce matin, j’ai été surprise par le contenu d’un courriel provenant d’une professionnelle que je respecte beaucoup.

Depuis quelque temps déjà, je lis ton blogue avec intérêt. Je me suis permis d’y référer nos collègues (…)

On me lit?!? Depuis quelque temps déjà? Aie. Bon. C’est officiel – il va falloir que ça fasse un peu plus sérieux, mon affaire.

Je vous avoue que cette confirmation tangible de l’existence d’un lectorat me rend un peu songeuse. Je présume que dans la vie de chaque blogueur il y a ce flash tout particulier; cette réalisation qu’on n’écrit plus dans le vide. Que ce médium peut, potentiellement, rejoindre une foule de gens que l’on connaît, tout comme de parfaits inconnus. Des collègues. Des clients. Des clients potentiels.

Mais, après tout, c’est le but de l’exercice. De vivre moi-même ce que je demande à mes clients de vivre.

Car en devenant blogueur on se rend forcément vulnérable. C’est un peu comme laisser son journal intime ouvert sur un banc du Parc Lafontaine.

Je me souviens, il y a environ dix ans, de la première fois que j’ai été témoin de ce geste d’exhibitionisme qui est monnaie courante de nos jours chez nos personalités publiques. Il s’agissait d’un comédien, qui avouait sa dépendance à je ne me souviens plus quelle drogue, à je ne me souviens plus quelle chaine américaine. Autrefois, à l’époque d’Hedda Harper et de Louella Parsons, Fatty Arbuckle avait été disgracié en partie suite aux rumeurs de débauche narcotique qui circulaient à son égard. De nos jours, il suffit de se confesser au temple d’Oprah, et tout .. ou presque .. est pardonné.

C’est l’expérience américaine, du moins.

Nous, Québécois, sommes peut-être un peu plus pudiques à ce niveau là. Notre tradition est moins Testify, brother! et plutôt un Pardonnez-moi, mon Père, car j’ai pêché qui se fait à deux. Et l’autre n’est véritablement qu’un vaisseau. Un genre de téléphone qui nous permet de nous adresser à Celui qui est le seul à pouvoir porter jugement. C’est quand même intime, ça.

Est-ce là, la véritable explication? Une question de mentalité toujours ancrée, malgré nous, qui fait en sorte que les Québécois (et les pros en RP du Québec) s’attardent peu sur le phénomène des médias sociaux qui explose ailleurs?

Quand je me serai remise du choc de me savoir lue, j’y réfléchierai plus longuement.


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